La Route 66 à moto, de Chicago à Santa Monica

La Route 66 reste l’itinéraire moto le plus mythique des États-Unis : 3 940 kilomètres entre Chicago et Santa Monica, huit États traversés, une douzaine de paysages très différents, et une mémoire culturelle qui en a fait la Mother Road du voyage à moto. Cette page reprend l’intégralité du tracé classique tel qu’il se parcourt en pratique sur une grosse cylindrée — Harley-Davidson, Indian, BMW ou Honda Gold Wing — avec un découpage en étapes réalistes pour un voyage de deux à trois semaines.

Moto de voyage près d'un panneau Route 66
Lecture éditoriale

L’objectif ici n’est pas de vendre un voyage mais de donner aux motards francophones une lecture éditoriale claire de la Route 66 : par où passer, où sont les portions les plus intéressantes, ce qui mérite un arrêt, et comment caler les distances quotidiennes pour profiter de la route plutôt que de la subir.

Pourquoi la Route 66 reste une référence

Officiellement déclassée depuis 1985, la Route 66 n’existe plus comme route fédérale, mais ses tronçons d’origine sont signalés sous l’appellation Historic Route 66 dans chaque État traversé. Pour le motard, c’est précisément ce qui fait son intérêt : on alterne entre des sections préservées des années 1930-1950, des passages plus modernes sur l’I-40 ou l’I-44 quand l’historique disparaît, et une série de villes-étapes qui ont gardé leur identité — Pontiac, Tulsa, Amarillo, Santa Fe, Gallup, Flagstaff.

Le tracé enchaîne trois ambiances bien distinctes : Midwest agricole de l’Illinois au Missouri, grandes plaines et culture cowboy du Kansas à l’Oklahoma et au Texas, puis Sud-Ouest désertique du Nouveau-Mexique à la Californie. C’est cette traversée d’environnements qui rend la Route 66 difficile à comparer aux autres road trips américains.

Itinéraire

Le tracé étape par étape

Le découpage ci-dessous correspond à un parcours classique en environ seize jours sur place, avec deux journées de repos (Santa Fe et Las Vegas) et une journée de visite à Los Angeles. Les distances sont indiquées en miles, comme sur la signalisation américaine.

Jour 1 — Paris / ChicagoVol vers Chicago, arrivée en début d’après-midi. Une demi-journée suffit pour une première approche du Loop, du Millennium Park et de l’architecture du centre, point de départ symbolique de la Route 66 à l’angle d’Adams Street et de Michigan Avenue.

Jour 2 — Chicago / Bloomington (IL — 158 miles)Prise en main de la moto et premier vrai contact avec la Mother Road. Sortie de Chicago par Joliet, où commence la portion sauvegardée de l’historique. Passage par Pontiac et son Route 66 Hall of Fame Museum, puis arrivée à Bloomington pour une étape courte qui permet de digérer le décalage horaire.

Jour 3 — Bloomington / St Louis (MO — 195 miles)Traversée du sud de l’Illinois par Springfield et Litchfield, avec la traversée du Mississippi sur le Chain of Rocks Bridge, ancien pont de la Route 66 désormais piéton. Arrivée à Saint-Louis, dominée par la Gateway Arch de 192 mètres. La ville reste un point fort pour la scène blues et les bars motards.

Jour 4 — St Louis / Springfield (MO — 245 miles)Beaucoup de motards considèrent que la Route 66 commence vraiment après Saint-Louis. C’est aussi la section où le tracé historique est le plus fragmenté et donc le plus exigeant en navigation. Passages par Eureka, Stanton, Sullivan, les Meramec Caverns et le célèbre Devil’s Elbow, virage longtemps réputé difficile à l’époque pré-Interstate.

Jour 5 — Springfield / Tulsa (OK — 205 miles)Fin du Missouri, traversée express du Kansas (à peine 19 kilomètres sur la Route 66, mais avec des arrêts emblématiques comme Galena), puis entrée en Oklahoma, le Sooner State. Le paysage change nettement : les collines boisées laissent place aux grandes plaines. Nuit à Tulsa.

Jour 6 — Tulsa / Clinton (OK — 213 miles)Traversée centrale de l’Oklahoma par Sapulpa, berceau des Creek, Oklahoma City et son National Cowboy and Western Heritage Museum, Yukon, puis Clinton, qui abrite l’un des meilleurs musées dédiés à la Route 66. Étape culturelle plus que paysagère.

Jour 7 — Clinton / Amarillo (TX — 195 miles)Passage de l’Oklahoma au Texas. Arrêt conseillé à Elk City pour son musée et à Shamrock pour le U-Drop Inn. La route monte progressivement vers le plateau du Llano Estacado, autour de 1 000 mètres d’altitude. Arrivée à Amarillo, ville du bétail, du Cadillac Ranch et du Big Texan Steak Ranch.

Jour 8 — Amarillo / Santa Fe (NM — 300 miles)L’étape la plus longue du voyage. Cadillac Ranch en début de journée, puis Tucumcari, l’une des villes qui a le mieux conservé l’esthétique des néons des années 1940-1950, et Santa Rosa avec son musée automobile. Entrée dans les Rocheuses et arrivée à Santa Fe.

Jour 9 — Santa FeJournée sans moto. Capitale du Nouveau-Mexique, Santa Fe concentre une scène artistique dense (Canyon Road et ses galeries), une architecture pueblo très reconnaissable et plusieurs musées importants. Une excursion possible : le pueblo de Taos, à environ 1 h 30 au nord, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Jour 10 — Santa Fe / Gallup (NM — 230 miles)Plutôt que l’I-25 directe vers Albuquerque, le Turquoise Trail propose une route panoramique par les anciennes villes minières, dont Madrid, devenu village d’artistes. Traversée d’Albuquerque, puis route plein ouest vers Gallup, étape classique pour ses trading posts et la culture navajo.

Jour 11 — Gallup / Grand Canyon (AZ — 285 miles)Entrée en Arizona. Deux arrêts forts dans la matinée : le Painted Desert et ses étendues de roches volcaniques colorées, puis Petrified Forest et ses troncs fossilisés. Continuation vers Flagstaff, puis montée vers la South Rim du Grand Canyon. Le coucher de soleil au-dessus du canyon vaut largement la pause.

Jour 12 — Grand Canyon / Williams / Las Vegas (NV — 295 miles)Pour ceux qui supportent un réveil très matinal, le lever du soleil sur la South Rim est l’un des moments forts du voyage. Quelques points de vue supplémentaires en matinée, passage par Williams (la dernière ville à avoir été contournée par l’Interstate en 1984), puis route vers Las Vegas. Installation sur le Strip.

Jour 13 — Journée libre à Las Vegas ou Vallée de la MortRepos sur le Strip ou excursion vers la Death Valley. La Vallée de la Mort est plus confortable en SUV qu’à moto en été : les températures dépassent régulièrement les 45 °C entre juin et août. Au printemps et à l’automne, la moto reste possible mais demande une bonne gestion de l’eau et des arrêts.

Jour 14 — Las Vegas / Barstow (CA — 342 miles)Descente vers Kingman pour retrouver la Route 66 historique, qui propose ici l’un de ses plus beaux tronçons : Ed’s Camp, le col d’Oatman, puis la traversée du désert de Mojave par Needles, Amboy et son Roy’s Motel and Café devenu icône visuelle, et Newberry Springs où se tourne le Bagdad Café. Arrivée à Barstow.

Jour 15 — Barstow / Los Angeles (CA — 170 miles)Dernière étape. Beaucoup de villages-fantômes entre Barstow et Victorville, puis entrée dans la Greater Los Angeles par Pasadena. Traversée du Sunset Boulevard, du Hollywood Boulevard et descente du Santa Monica Boulevard jusqu’à la Santa Monica Pier, terme officiel de la Route 66.

Jour 16 — Los AngelesJournée sans moto. Marina Del Rey, le concessionnaire historique Bartels’ Harley-Davidson, puis Venice Beach et ses canaux. Possibilité d’ajouter Downtown LA ou Griffith Observatory pour qui dispose de temps.

Jour 17 — Los Angeles / EuropeMatinée libre puis transfert vers LAX.

Jour 18 — ParisArrivée à Roissy CDG.

Choix de la moto

Quelles motos choisir sur la Route 66

Le tracé alterne longues lignes droites, sections d’autoroute et portions historiques à vitesse modérée. La Route 66 a été pensée pour de grosses cylindrées confortables, et l’offre de location américaine va dans le même sens. Quatre catégories couvrent la quasi-totalité des départs francophones.

ModèleProfil de conduiteAtout principal
Harley-Davidson Electra Glide / Street GlideTouring lourde, classique américaineConfort longue distance, sonorité, image
Indian Roadmaster / ChieftainTouring premium, alternative à HarleyPosition de conduite, équipement embarqué
BMW R 1250 RT / K 1600 GTTouring européenneVitesse de croisière soutenue, freinage
Honda Gold WingTouring confortStabilité, équipement passager

Pour un passager, les modèles Gold Wing et Electra Glide restent les plus appréciés sur des journées de 250 à 350 miles. La Street Glide convient à un pilote seul qui veut une silhouette plus basse.

Saison et préparation

Quand partir, à quoi faire attention

La fenêtre la plus favorable s’étend de mi-mai à fin juin, puis de mi-septembre à mi-octobre. En plein été, le tronçon Amarillo–Las Vegas peut devenir éprouvant avec des températures qui montent durablement au-delà de 40 °C dans le Texas Panhandle, le Nouveau-Mexique et le désert de Mojave. L’hiver, plusieurs cols (Flagstaff, plateau de Santa Fe) connaissent neige et verglas.

Quelques points pratiques que la plupart des récits négligent. Le permis A international suffit pour la location, mais il doit être présenté avec le permis français. L’ESTA est exigé avant le départ et reste valable deux ans. Les assurances moto américaines couvrent rarement le vol et les bagages : un complément européen est presque toujours pertinent. Enfin, la signalisation Historic Route 66 est inégale d’un État à l’autre : un GPS dédié à la Route 66 ou une application moto avec les tracés historiques fait gagner un temps considérable, surtout entre Saint-Louis et Tulsa, là où le balisage est le plus fragmenté.

Pour le motard francophone, la Route 66 reste l’un des rares itinéraires où la légende tient encore la route — au sens propre. À condition de la parcourir au bon rythme, en évitant les pièges de l’été texan et en gardant suffisamment de temps pour les détours qui font, en réalité, tout le sel du voyage.